Activité 3.4 - L’enjeu pédagogique des activités ritualisées : la posture de l’enseignant dans les activités ritualisées
Résumé de section
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1. Etayage et désétayage de l’activité des élèves.
Avant de passer à l’activité suivante, nous vous proposons quelques éclaircissements sur la notion d’étayage telle que l’a défini J.S. Bruner.
Jerome S. Bruner, est un psychologue cognitiviste américain qui a travaillé sur le développement de l’enfant. Son approche est constructiviste, c’est-à-dire que comme J. Piaget, il considère que le développement est le fruit des interactions entre l’individu et son environnement (les facultés de l’individu ne sont pas des données de départ, elles se construisent dans l’expérience). Mais pour Bruner, l’environnement qui va stimuler le développement de l’enfant est essentiellement social et donc langagier (en cela il est plus proche de Vygotsky que de Piaget).
Dans le cadre scolaire, pour Bruner, les apprentissages sont la résultante de la manière dont l’adulte à « organisé le monde » pour l’élève « dans le but d’assurer sa réussite dans l’apprentissage des concepts ». Son rôle est donc déterminant. Bruner va appeler « interactions de tutelle » les interactions sociales, interpersonnelles entre l’enfant et l’adulte dans le contexte culturel de la classe (mais ce modèle est transposable à d’autres situations). Il s’agit d’aider l’enfant à résoudre un problème qu’il ne saurait résoudre seul, en dé-complexifiant la tâche à résoudre. Pour ce faire, il faut que l’enseignant sache mesurer finement quel est l’apprentissage qui sera utile à l’élève sans enlever de l’intérêt à la tâche. C’est ce que Bruner, à la suite de Vygotsky nomme l’étayage.Exemple d'étayage: la simplification de la tâche, séquence du site Le monde en images.
© Nathalie Fréchette, Paul Morissette, Le Monde en images, CCDMD. Licence creative commons BY – NC – SAPour que l’étayage prenne tous son sens, c’est-à-dire qu’il mène à un apprentissage il faut que l’intérêt des élèves pour la tâche soit suscité tout au long de la réalisation de celle-ci. Il faut ensuite déterminer les stratégies d’étayage : simplifier en réduisant le nombre d’étapes ? aider les élèves à choisir une stratégie ? réaliser certaines étapes avec eux ? cela peut dépendre de la tâche aussi bien que des compétences acquises par les élèves. Par exemple, dans la séance menée par Pascale, on voit celle-ci utiliser différentes stratégies pour aider ses élèves : guider leur bras, reformuler l’action, montrer le tableau… et même ne rien faire. Lorsqu’elle suspend son action, Pascale utilise un autre geste professionnel : le désétayage, elle laisse la possibilité à l’élève de réaliser seul l’action, c’est-à-dire aussi bien de se tromper que de réussir. Dans ce but, il faut que l’erreur soit admise comme balise du parcours qui mène vers la réussite.
Bruner définissait l’étayage comme : « l’ensemble des interactions d’assistance de l’adulte permettant à l’enfant d’apprendre à organiser ses conduites afin de pouvoir résoudre seul un problème qu’il ne savait pas résoudre au départ. » Bruner, J.S. (1983), Le développement de l’enfant, Savoir faire, savoir dire, PUF, coll. "Psychologie d'aujourd'hui".
2. Les postures professionnellesLes postures d'enseignantes, manières langagières et cognitives de s'emparer d'une tâcheExtrait de D. Bucheton. source : enregistrement issu de la plateforme Néopass@ction de l'IFÉ.
Une posture est une structure pré-construite (schème) du « penser-dire-faire », qu’un sujet convoque en réponse à une situation ou à une tâche scolaire donnée. Les sujets peuvent changer de posture au cours de la tâche selon le sens nouveau qu’ils lui attribuent. La posture est donc à la fois du côté du sujet dans un contexte donné, mais aussi de l’objet et de la situation, ce qui rend la saisie difficile et interdit tout étiquetage des sujets.
Les « postures d’étayage » permettent de rendre compte de la diversité des conduites de l’activité des élèves par les maîtres pendant la classe :- Une posture de contrôle : elle vise à mettre en place un certain cadrage de la situation : par un pilotage serré de l’avancée des tâches, l’enseignant cherche à faire avancer tout le groupe en synchronie.
- Une posture d’accompagnement : le maître apporte, de manière latérale, une aide ponstuelle, en partie individuelle en partie collective, en fonction de l’avancée de la tâche et des obstacles à surmonter.
- Une posture de lâcher-prise : l’enseignant assigne aux élèves la responsabilité de leur travail et l’autorisation à expérimenter les chemins qu’ils choisissent.
- Une posture de sur-étayage ou contre-étayage : variante de la posture de contrôle, le maître pour avancer plus vite, si la nécessité s’impose, peut aller jusqu’à faire à la place de l’élève.
- Une posture d’enseignement : l’enseignant formule, structure les savoirs, les normes, en fait éventuellement la démonstration.
- Une posture dite du « magicien » : par des jeux, des gestes théâtraux, des récits frappants, l’enseignant capte momentanément l’attention des élèves.